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Portrait de Zachary Lambert Zachary
Lambert
Unité 09 — Doyle Supervisé par Jérôme Lapierre et Michael R. Doyle
Apercu de la planche de vernissage

Mémoires en mutation

L'architecture spéculative comme agent de réciprocité géologique

L'essai-projet explore la transformation contemporaine de la mémoire humaine à l'ère numérique, marquée par son externalisation et son accumulation. Cette mutation, souvent perçue comme une dématérialisation, appelle à être réinterrogée dans ses implications physiques et territoriales. Car derrière l'illusion d'une mémoire immatérielle se cache une réalité matérielle lourde, reposant sur des infrastructures extractives qui déplacent la charge écologique vers le sol. La terre devient ainsi archive involontaire, marquée par nos excès.

Face à ce déséquilibre, le projet propose un renversement : et si l'oubli, pensé à travers la régénération d'environnements contaminés, constituait un acte de mémoire en soi, une forme de réciprocité entre mémoire numérique et mémoire géologique ? Le projet part de l'hypothèse qu'il ne s'agit plus d'opposer ces deux mémoires, mais bien de reconfigurer leur relation, en passant d'un modèle extractif destructeur à une logique de réciprocité. L'architecture s'organise autour de cette logique médiatrice et devient un médium, un dispositif transitoire qui accompagne des processus vivants.

À travers la mycoremédiation, le projet mobilise le champignon comme agent de transformation des sols contaminés. Il orchestre des cycles où la matière toxique est absorbée, métabolisée, puis réinscrite sous une autre forme. La ville de Norilsk apparaît comme territoire d'inscription : un lieu où le sol et les infrastructures portent encore les traces visibles d'une industrialisation poussée à son extrême.

À terme, le projet n'est pas destiné à rester. Lorsque le sol commence à se rétablir, l'architecture se retire, laissant place à une matière résiduelle, à la fois trace et témoignage, mémoire condensée du territoire. Dans les interstices de cette matière contaminée, la vie revient. La ruine n'est plus seulement un reste : elle devient un support à partir duquel le vivant se réapproprie le sol. Le projet propose ainsi une autre manière de penser l'architecture, non pas comme un lieu de conservation, mais comme un dispositif d'oubli actif, capable d'accompagner la transformation d'un territoire, puis de s'effacer.